QUELQUES OBSTACLES LIES A LA PROMOTION DES VALEURS LINGUISTIQUES ET CULTURELLES AFRICAINES

INTRODUCTION

A l’ère de la mondialisation, le partage des valeurs linguistiques et culturelles se pose avec acuité, notamment en ce qui concerne l’Afrique. Ce continent peine encore à imposer certaines valeurs dans ce monde en pleine mutations, en raison des complexes et autres clichés qui ont tendance à dévaloriser tout ce qui est conçu ou proposé par les Africains.

Aujourd’hui, force est de constater que les mentalités évoluent et l’on assiste à l’émergence de néo-africains émancipés et jaloux de leurs cultures. Le retour aux sources constitue un impératif vital pour les personnes qui ont été privées de leurs langues et de leurs valeurs cultures pour diverses raisons : mariage mixte, étude à l’étranger, absence totale de pratique de la langue maternelle dans le cadre familial, etc…

Aussi, une dynamique de revendication des origines et de l’appartenance semble se forger grâce aux luttes émancipatrices et indépendantistes antérieures menées par des leaders charismatiques inoubliables.

Cette prise de conscience progressive ne laisse pas indifférent des plateformes comme la nôtre qui proposent des enseignements et des actes de traductions dans les langues africaines à différents publics (africains, européens engagés dans des projets en Afrique ou mariés à des africaines, Institutions et Organisations internationales désireuses d’impacter les communautés africaines, en l’occurrence mandingues).

Ce projet de valorisation des langues et des cultures africaines est certes salué et encouragé par des natifs des communautés que nous promouvons, mais rencontre parfois des difficultés d”ordre sociologique et didactique.

DIFFICULTÉS D’ORDRE SOCIOLOGIQUE

Cela peut paraître paradoxal, notre expérience de l’enseignement des langues et cultures mandingues nous a permis de constater (notamment en Côte d’Ivoire) que les premiers rejets ou commentaires désobligeants vis-à-vis des initiatives d’enracinement culturel proviennent de certains locuteurs mandingues. Selon ces derniers, il n’y a aucun intérêt ou avantage particulier à apprendre les langues africaines dans des Etats où les langues officielles et de travail sont celles de l’Occident (Français et Anglais). Ils estiment alors que “l’assimilation” est plus profitable que les instincts nationalistes et panafricanistes.

Pourtant, il est établi qu’aucune Nation ne peut prétendre à un développement durable et à une véritable indépendance, en continuant de s’appuyer exclusivement sur les langues et les cultures d’autres Nations. Cette maxime est une vue de l’esprit pour des jeunes en quête d’insertion socioprofessionnelle. Ceux-ci sont comme pris dans un engrenage d’autant plus que la vie socio économique de leurs pays respectifs leur rappelle quasi quotidiennement l’utilité du maniement correct des langues étrangères (langues officielles dans beaucoup de pays africains) dans les Administrations nationales et Institutions internationales.

Vous verrez sur de nombreux CV de postulants à des emplois conventionnels la mention “Bonne pratique de la langue française/anglaise” ou “Parfaite maîtrisé du Français/anglais”. Il s’agit là de l’une des conditions à remplir pour espérer obtenir un emploi dans de nombreux pays africains. Alors que vous ne verrez jamais en Europe une offre d’emploi où il est marqué avoir une parfaite maîtrise du Dioula/Bambara/Wolof/Soninké.

Et bien, “c’est bien fait pour notre gueule”. C’est aussi cela l’une des conséquences apparentes du mimétisme culturel. Que pensez-vous de cette idée géniale : “Pour obtenir un visa pour la Côte d’Ivoire, l’Européen/l’Américain ou l’Asiatique dans le besoin doit faire la preuve de la maîtrise d’au moins une langue africaine. On pourrait même organiser des tests “modèle TOEFL ( Test of English as a Foreign Language)” pour ces personnes désireuses de s’installer/étudier/investir en Afrique.

Loin de nous l’idée de développer un quelconque racisme ou de faire la promotion d’une forme de stigmatisation, mais notre démarche obéit au simple principe de la réciprocité et de l’égalité tant prôné dans le monde.

DIFFICULTÉS D’ORDRE DIDACTIQUE

En dehors de l’obstacle que constitue ce complexe d’infériorité, la documentation et la standardisation des langues africaines restent des défis importants à relever. Il existe des écrits sur les langues mandingues, mais leur exploitation exigent un minimum de connaissance de la phonétique.

L’alphabet phonétique du Bambara n’est pas connu de tous et c’est peu dire quant on sait que le peuple mandingue est historiquement orienté vers l’oralité. La “griotique” (Djeliya) en est une illustration parfaite. Lors des cérémonies (mariage, baptêmes, fêtes de réjouissance, rites traditionnels), l’histoire des grandes familles, des générations et des tribus est revisitée par des griots qui ont un savoir encyclopédique impressionnant et incontestable. Cependant, cette connaissance se transmet oralement de génération en génération sans que la substance du message ne soit altérée.

L’art oratoire date de plusieurs siècles et se perpétue au fil des générations

Cette longue tradition de l’oralité constitue aujourd’hui encore un frein à l’adhésion des masses mandingues (africaines) au système d’écriture imposé par la modernité.

Par ailleurs, les populations mandingues sont en majorité analphabètes et leurs rapports à l’écriture est très souvent complexes. Il faut dans ces conditions démarrer une vaste campagne alphabétisation dans les zones mandingues puis espérer l’étendre à d’autres aires géographiques.

Promouvoir l’enseignement des langues dans ces conditions, offre un champ quelques fois réduit surtout lorsqu’il s’agit d’adresser les projets de formation dans les zones rurales.

L’une des missions de la plateforme MANDENKAN est de lever toutes ces barrières et rendre accessibles les langues mandingues à l’ensemble des locuteurs natifs mais également aux personnes curieuses de découvrir ces outils linguistiques essentielles en Afrique de l’Ouest (Dioula et Bambara).

NB : Il s’agit là d’un article qui englobe des points que nous allons éclaircir dans une série d’article plus spécifique et moins condensés. Nous vous invitons à fournir vos remarques sur ce vaste sujet dont les détails vous seront communiquer au fur et à mesure des articles.

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